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« Les efforts ont porté leurs fruits »

Dans les années 2010, la cité Göhner « Sonnhalde » à Adlikon près de Regensdorf était un endroit que même la police évitait. Quinze ans plus tard, la cheffe de projet Christine Hotz visite la grande cité, dont l’analyse a été le point de départ d’un projet de développement primé.

Nous sommes ici entre les immeubles en béton, les façades sont toutes rénovées et les espaces verts sont aménagés et entretenus comme un parc. Quelle est votre première impression ?

La cité s’est vraiment transformée. La première fois que je suis venue ici, le terrain avec les 13 blocs, ou immeubles en rangée dans le jargon, était considéré comme un quartier problématique. Un taux élevé de délinquance juvénile, pas d’identité de quartier, un manque de places publiques pour se rencontrer – c’était une première impression sombre. Aujourd’hui, je vois des mesures centrales que j’avais recommandées à l’époque encore actives – c’est un bon sentiment.

Qu'est-ce qui vous frappe particulièrement ?

Le projet était initialement axé sur la jeunesse – c’est pourquoi la commune m’avait sollicitée à l’époque. Mais j’ai vite compris qu’il ne s’agissait pas simplement de jeunes ayant des problèmes, mais de tout un quartier sans perspective pour les cités. Nous avons alors décidé de mettre l’accent sur une approche globale. Et je suis particulièrement heureuse de voir que cela semble maintenant mis en œuvre.

Comment avez-vous procédé ?

Pour l’analyse, j’ai combiné plusieurs méthodes, j’ai également mené des entretiens sur place, ce qui était assez effrayant à l’époque. Car non seulement on y vendait de la drogue, mais aussi des armes. Afin de me faire une image complète de cet espace social, je suis également venue ici plusieurs fois la nuit. En plus de ces visites d’observation, j’ai également interrogé des familles, des jeunes hommes et femmes ainsi que les personnes de confiance dans les écoles. De plus, j’ai analysé les données statistiques de la commune, étudié les plans cadastraux et noté les lieux critiques lors de mes visites.

« Afin de me faire une image complète de cet espace social, je suis également venue ici plusieurs fois la nuit. De plus, j'ai analysé les données statistiques de la commune, étudié les plans cadastraux et noté les lieux critiques lors de mes visites. »

Quelles ont été vos conclusions ?

Il faut se l’imaginer : près de 2000 personnes de plus de 50 nationalités vivaient ici. Il manquait une identité de cité ou de quartier chez les habitants, en particulier chez les personnes qui ne vivaient ici que depuis quelques années. Les 20 administrations des blocs manquaient d’une stratégie globale pour l’ensemble de la cité. Mais aussi de la compréhension que cela est nécessaire – seules quatre administrations ont rempli le questionnaire à l’époque. Il faut tenir compte du fait que nous parlons ici de la deuxième plus grande cité de logements sociaux de Suisse, que l’entrepreneur Göhner avait construite à partir de la fin des années 1970. De la vision d’offrir un logement abordable à la classe moyenne, je suis tombée, pour le dire de manière excessive, sur le cauchemar de l’agglomération ghettoïsée. Mais j’étais positive : dans les différents entretiens, j’ai senti la volonté et le désir de développer le quartier.

Image : Linus von Känel, 2019, (Haute école de Lucerne – Technique & Architecture)

Donc, tout va bien maintenant, quand vous regardez autour de vous ?

Tirer une conclusion définitive sur la base de notre seule visite serait une grave négligence – mon analyse a justement montré qu’il faut un examen approfondi. J’avais recommandé à l’époque une multitude de mesures. Certaines étaient faciles à mettre en œuvre sans grand effort, d’autres étaient à plus long terme et impliquaient des coûts. Je vois également de telles mesures importantes mises en œuvre dans le centre de rencontre ou le petit café-restaurant. Mais la petite rue commerçante ne semble pas avoir fonctionné. Mais je peux imaginer que cela est moins dû au quartier lui-même qu’à la disparition générale des petits commerces ; les grandes chaînes de magasins ne sont pas loin d’ici. Mais il y a maintenant un centre de rencontre qui s’occupe du quartier – ce sont déjà de bien meilleures conditions-cadres !

Et quelle conclusion tirez-vous aujourd'hui ?

À la suite de l’analyse, le projet a été développé avec l’accompagnement de la HSLU et différents fonds ont été alloués pour développer la cité. Si l’on regarde les coûts du projet, il faut dire que les coûts de développement de la cité étaient très bas. En contrepartie, il existe aujourd’hui des places centrales où l’on peut se rencontrer, les espaces verts ont l’air bien entretenus – il n’y a pas de déchets sauvages. La commune est devenue active, ce qui est la condition préalable pour développer un quartier avec les administrations. Tout cela demande bien sûr des efforts. Mais quand je suis ici au soleil et que je regarde autour de moi : cela en valait la peine.

À propos de Christine Hotz

Christine Hotz travaille chez enovation en tant que cheffe de projet. Ici, elle présente sur place son projet primé, dont la méthodologie ainsi que l’approche du développement de quartier à faible seuil sont encore aujourd’hui novatrices.

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